Notre Dame de Consolation du Raincy
Restauration du clocher et des verrières sud
Ce projet de restauration allie analyses scientifiques et savoir-faire artisanal pour sauvegarder l’audace constructive d’Auguste Perret et transmettre l’économie de matière exemplaire de ce chef-d’œuvre de l’architecture moderne.

757m²
Surface
914 559€ HT
Budget
Maître d’ouvrage : Association Diocésaine de Saint Denis
Mission complète : 2018-2023
Durée : 1 an


Description du projet :
Édifiée en 1923, l’église Notre-Dame du Raincy est le manifeste des frères Perret et le premier chef-d’œuvre mondial en béton armé apparent. Alliant héritage gothique et révolution constructive, l’édifice se distingue par l’élancement de ses colonnes porteuses et sa paroi de lumière continue. Fragilisée par le temps et la corrosion des armatures, cette structure exigeait une restauration respectueuse de sa « franchise constructive ».
Après une phase d’analyses scientifiques rigoureuses, les travaux ont permis de consolider le gros œuvre, de restaurer l’étanchéité des terrasses et de reconstituer les mastics des milliers de vitraux. Ce chantier délicat, mené avec des artisans spécialisés, a su préserver la matière d’origine tout en améliorant la maintenance et l’éclairage des espaces.
Plus qu’une simple remise en état, cette intervention assure la transmission d’une architecture moderne pionnière et exemplaire.
Un chef-d’œuvre de l’architecture moderne
Construite en 1923 par Auguste Perret et ses frères, l’église Notre-Dame du Raincy marque un tournant décisif dans l’histoire de l’architecture. Première église en béton armé apparent, elle s’impose comme le manifeste d’une architecture moderne qui puise ses racines dans la tradition gothique tout en révolutionnant les techniques constructives.
Auguste Perret, admiratif des proportions et de l’harmonie de l’architecture grecque, s’intéresse surtout au rôle constructif de la colonne en tant que pile porteuse. Il retient de l’architecture gothique trois principes essentiels : l’ambiance lumineuse créée par de grandes surfaces de vitraux, l’unité d’un seul matériau visible, et l’affirmation de la structure porteuse. Fils d’entrepreneur de taille de pierre, les frères Perret découvrent dans le béton armé un matériau permettant de créer des portées plus grandes et des sections beaucoup plus faibles qu’avec la pierre.
L’édifice se caractérise par ses colonnes cannelées qui affirment leur rôle porteur et traversent la toiture en faisceau sur quarante-trois mètres de hauteur au clocher. Auguste Perret donne une dimension morale au pilier qui a « l’honneur de porter ». Les voûtes très tendues longitudinales dans l’axe de la nef et les voûtains transversaux au-dessus des bas-côtés laissent plus de place à l’entrée de la lumière. Le mur-rideau, sans aucun rôle porteur et dissocié de la structure, se compose d’une résille de béton et de vitraux qui forme une paroi de lumière continue tout autour de l’édifice. Cette économie de matière et cette franchise constructive placent l’église du Raincy à la base du mouvement de l’architecture moderne.
Les pathologies constatées
Cette architecture a aussi sa fragilité. Le béton, comme la pierre, est sensible aux attaques atmosphériques, mais plus qu’elle en raison de l’économie de matière et de l’exposition qui en résulte. Avec le temps, la corrosion des fers de structure pousse sur l’épiderme du béton et le fait éclater. Les armatures oxydées, en se dilatant, provoquent des éclatements et des fissurations des parements. L’étanchéité des terrasses s’était dégradée, tout comme les menuiseries et les systèmes d’horlogerie et de cloches. Les mastics des milliers de vitraux, notamment en façade Sud, présentaient des altérations importantes, et l’accumulation de salissures encrassait les surfaces de béton.
Cependant, cette restauration a permis de constater la bonne qualité du béton mis en place par les frères Perret, ainsi que la bonne tenue des restaurations précédentes. Les analyses du Laboratoire de Recherche des Monuments Historiques ont confirmé ces constats et nous ont même demandé de laisser en place certaines restaurations antérieures, bien qu’elles soient en ciment gris. La technique des coffrages en bois des colonnes extérieures groupées est restée pour nous en grande partie mystérieuse, témoignage du savoir-faire exceptionnel des bâtisseurs de l’époque.
Les travaux de restauration entrepris
La restauration de cette architecture a nécessité des mois de sondages et d’analyses en laboratoire du béton préalablement au chantier. L’exécution d’essais et d’éprouvettes a permis de se rapprocher de la teinte actuelle du béton une fois lavé. L’étude graphique et les relevés ont été réalisés pour permettre une compréhension fine de l’édifice.
Les interventions sur le gros œuvre ont consisté à consolider les armatures et les poutres intérieures du clocher, puis à nettoyer et restaurer le béton avec un soin particulier porté à la conservation de la matière d’origine. Ce travail délicat a nécessité l’intervention d’artisans spécialisés dans la conservation du béton. L’étanchéité des terrasses a été entièrement rénovée, assurant ainsi la pérennité de l’édifice.
L’accessibilité et la maintenance du clocher ont été améliorées par l’installation de passerelles métalliques et la mise en place d’un nouvel éclairage intérieur. Les menuiseries des portails ont été refaites, ainsi que les grilles de protection. L’éclairage intérieur du clocher et de la tribune a été entièrement repensé, révélant ainsi la beauté de cet espace souvent méconnu.
Les mastics des milliers de vitraux des façades Sud ont été reconstitués, un travail minutieux et essentiel pour préserver cette paroi de lumière continue. L’horlogerie et le paratonnerre de l’église ont été rétablis, redonnant vie aux équipements d’origine.
Cette restauration représente la conservation et la transmission du témoin d’une architecture exigeante, économique, à la base du mouvement de l’architecture moderne.




Avant



